La momie de Cousteau (ou le système Hallmark)

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« I try to keep my mind open to anything. »
— Casper Van Dien, Not good enough

Il n’y a rien à sauver dans ce qui n’a pas pour but de faire avancer.

Ah mais je vous le demande, que seraient les dimanches après-midi sans Michel Drucker chez nous, et sans Hallmark Entertainement chez eux ! Car il en faut pour tous les goûts ou pour toutes les classes d’âge, et ça ne se fait plus par ici de remplir les moments creux à coups de reportages Cousteau, si bien que les jeunes et moins jeunes ont droit à leur téléfilm à rallonge aux Etats-Unis, en tout cas ceux qui n’ont pas passé le cap Netflix ni découvert le nouveau continent de la vidéo à la demande. Et pour ces gens-là, on a inventé ce qui existait déjà, en partant du principe du hachis Parmentier qui consiste à recuire ce qui sera forcément meilleur ainsi, et en mélangeant des acteurs au creux de leur carrière à de mauvais décors de studio et quelques très mauvais CGI, qui viennent grossir le flot des CCGI où le premier C veut dire « cheap ».

Comme si tout ce qui avait été digéré du Grand Aventurier dans The mummy était soudainement recraché.

Mais surtout, on cherche en recopiant à rallonger, quitte à croiser les effluves alors que tout le monde sait que c’est mal, et au hasard à amalgamer la Mummy de Stephen Sommers à Indiana Jones dans The curse of king Tut’s tomb, par ailleurs un nouvel exemple de momie sans momie et d’emprunt d’un titre à une œuvrette préexistante. Ça donne La malédiction du pharaon en français, et une nouvelle occasion pour Casper Van Dien de plomber sa carrière, qui s’annonçait mal mais peut-être pas autant que ça, surtout après sa réapparition dans Sleepy Hollow. Ça donne surtout une drôle d’aberration, comme si tout ce qui avait été digéré du Grand Aventurier dans The mummy était soudainement recraché, jusqu’à la séquence de la « spike chamber » avec reprise de la musique de John Williams pour faire bonne mesure, alors que Jonathan Hyde a été débauché de ladite Mummy pour jouer la momie qui n’en est pas une.

Doublures de film, comme on dirait d’un acteur qui n’aurait d’un autre que l’allure.

C’est le « circle of life » de Disney revu et corrigé par Hallmark, car La malédiction et son enjeu emprunté à Lara Croft: tomb raider ne sont qu’un exemple parmi beaucoup d’autres de ces doublures de film, comme on dirait d’un acteur qui n’aurait d’un autre que l’allure, allant d’une Femme musketeer inspirée sans vergogne de La fille de d’Artagnan à un Blackbeard inspiré sans honte des Pirates of the Caribbean. L’entreprise est d’ailleurs plus connue pour une activité sans rapport avec ses téléfilms si ce n’est le manque d’originalité, à savoir l’édition de cartes de vœux, et c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles elle produit aussi des téléfilms de Noël, à côté des comédies romantiques dont les navets d’hiver ne sont que les rejets. Mais il y a mieux donc pire, car Hallmark est aussi connue pour ses séries visant exclusivement la « Menaf » comme When calls the heart, et se pique accessoirement de création ou disons de créativité, au point d’avoir inventé coup sur coup les personnages de McBride et Jane Doe, qu’elle a aussitôt refilé à des acteurs de second plan pour en faire des héros récurrents mais déjà oubliés.

Ce Toutânkhamon armé d’ailes en métal n’est rien moins que l’annonce de Gods of Egypt.

On peut toujours chercher à sauver La malédiction du Tartare des nanars, et se dire que le retour de Mister Hyde dans un rôle légèrement différent puis totalement, vaut bien celui de Charles Gray dans Diamonds are forever après You only live twice, parce qu’il avait plu au public et qu’il n’y a pas de raison pour que Harry Potter soit toujours interprété par Daniel Radcliffe, mais surtout pas pour créer une confusion sur la marchandise après l’intermède sans Sean Connery. On peut aussi considérer que ce Toutânkhamon armé d’ailes en métal n’est rien moins que l’annonce de Gods of Egypt, même si ce n’est peut-être pas une si bonne chose, ou un renvoi à Stargate même si ce n’est peut-être pas une bonne chose non plus. Car il n’y a rien à sauver dans ce qui n’a pas pour but de faire avancer, et même l’exclut par peur de perdre le peu qu’il y aurait à gagner, dans cet interstice que laissent les films qui ont marché quand ils ne remplissent pas très vite, avec une suite ou une sortie DVD, le vide qu’ils ont créé en ayant donné au public ce dont il ne croyait pas avoir besoin jusque-là.

L’entreprise est d’ailleurs plus connue pour une activité sans rapport avec ses téléfilms.

Les crédits photographiques : Cinéma Passion, Carlos Rosario et DVDCover pour les jaquettes, Hallmark Entertainment pour les captures de La malédiction, YourCardTrader pour la carte « Spike chamber », BuscaTodo pour l’affiche de Gods of Egypt, Miles51 Media, LLC pour la carte de vœux

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