Marche arrière

« On était tout derrière, on finira tout devant. »

Philosophies de quartier, chapitre « Bessonisme pour bergsonisme »

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Il faut avouer qu’on a un peu perdu le fil, après un premier opus rafraîchissant mais vieillissant, une suite limite, un 3 avec Sly et un 4 dont on ne se rappelle même pas. Et pourtant, Taxi, c’est la French Touch dans un sous-genre dominé par Fast and Furious, et même une licence qui a généré quelques voitures miniatures, ainsi qu’un remake américain et une série franco-américaine. Et puis, Taxi, c’est aussi le mythe quasi-fondateur de la carrière de Cotillard, destinée à vivre de ce genre de choses si elle n’avait pas cueilli l’Oscar sur sa route, mais rappelée à la réalité après sa sortie de voie dans The dark knight rises. Allez, trêve de souvenirs mauvais ou bons, il s’agit aujourd’hui de la relève, comme le proclame haut et fort l’affiche, et cette relève est assurée par Franck Gastambide, qui avait défendu jusque-là une certaine idée de la comédie avec les kaïra. Bref, on a beau avoir vu le nom de Bernard Farcy en bas et petit sur l’affiche, et l’avoir interprété comme une forme de respect intéressé, on serait très inquiet si on aimait, et surtout si Besson était encore au volant narratif. Là, on se demande seulement si on aura droit à la version rap du buddy movie des années 2010 avec cascades à la Julienne, ou à une énième banlieusarderie aux couleurs phocéennes avec scénario sur ticket de métro…

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Entre gags scatologiques et citations des opus précédents, le concept est ramené à la Peugeot modifiée et à l’interception de braqueurs étrangers par la police de Marseille. Pourtant, les excès à peine comiques du commissaire sont encore là, même s’il est devenu maire, et le racisme léger est toujours là, car les Italiens sont forcément des « ritals » conduisant des Ferrari, et accessoirement les méchants parce qu’ils roulent des yeux. Mais le duo du flic et du chauffeur fait pièce rapportée, même s’il est plus ou moins inversé, et l’histoire d’amour avec la fille indépendante fait pièce rapportée pareillement, alors qu’elle donne des choses moins déplaisantes que celle de l’Algérien avec la bourgeoise. Donc, tout sent très vite la pose et l’occasion, avec une exploitation grossière de la culture des cités, et une réutilisation tout aussi grossière du truc de la route libérée par les copains pour les héros, sans parler des collègues trop caricaturaux. Mais au milieu trône Gastambide, qui hésite entre sympathique et satisfait, rappelle plus Julie Lescaut que Bad boys, et s’affirme comme le digne hériter de Vin Diesel pour la coiffure et de Paul Walker pour l’épaisseur, du moins si l’on ne veut rien dire de ses qualités de réalisateur. Heureusement, la musique très mauvaise est aussi très forte, et cela permet de passer une partie du film à se questionner sur la philosophie de l’assourdissement, qui mène tout être doué de raison à éviter ce qui lui est ainsi signalé.

Pour public averti (et porté sur les films de poursuites avec cascades sans trop de poursuites ni de cascades) : Taxi 5 (2018) de et avec Franck Gastambide (dont le métier est agent de sécurité et la passion dresseur de chiens, d’où sa reconversion dans le cinéma), mais aussi avec Ramzy Bedia (dont la seule existence professionnelle prouve la réalité de l’exception culturelle, du moins si culturelle veut dire française)

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. pistonrotatif dit :

    J’ai cru à un poisson d’avril quand il a été annoncé et que j’ai osé regarder la bande annonce, catastrophique. Mais je me suis surtout demandé pourquoi avoir voulu faire ce film avec une des plus mauvaises Peugeot des récentes années ? Les premiers films utilisaient une 406, et là, une 407, complètement ringarde.

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  2. pistonrotatif dit :

    A reblogué ceci sur PistonRotatifet a ajouté:

    Un article fort éditiant de mon collègue Ada sur mon autre blog. Oui, évidemment le film est moisi, c’est pas une surprise.

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